Les mammifères d’Afrique aux Jardins d’Olivier – Beaugency

Introduction

Nota: Cet article fait écho aux questions affichées en complément des photographies exposées aux Jardins d’Olivier à Beaugency (45) du 18 décembre 2018 au 18 janvier 2019.

Le but de ces questions réponses associées aux photographies de mammifères africains en danger est de mettre en lumière quelques liens existant entre nos modes de consommation et la perte de biodiversité.
L’accent est donné ici sur la grande faune africaine, mais nos nuisances ne sont pas sélectives car elles touchent aussi bien les grands singes d’Afrique et d’Asie que les insectes et oiseaux de nos campagnes.
Notre consommation au sens large ou plutôt notre surconsommation est responsable de la perte de biodiversité tout autant que du réchauffement climatique. Ces deux phénomènes ne peuvent être dissociés car dans les deux cas c’est l’homme et ses activités qui en sont à l’origine.
Chacun d’entre nous peut (et devrait) maitriser son mode de vie et de consommation.
Nous avons donc la possibilité d’infléchir le cours des choses.

Ce n’est pas uniquement en consommant responsable que allons changer le monde,
mais ce sera pire si nous ne le faisons pas !

Savez-vous que l’humanité vit à crédit ?

Depuis 1970, l’humanité vit à crédit ! Cette notion est mise en évidence par « le jour du dépassement » ou « overshoot day » en anglais.
Cette année 2018, le jour du dépassement a été atteint le 1er août. Cela signifie qu’entre le 1er janvier et le 1er août, nous avons consommé tout ce que la Terre était capable de nous offrir de manière régénérable. Au delà de cette date nous puisons dans les réserves (qui ne sont pas inépuisables) et nous vivons donc « à crédit ».
Concrètement, nous avons pêché plus de poissons, abattu plus d’arbres et consommé plus d’eau que la nature ne peut nous procurer en une année.
Nous avons émis plus de gaz à effet de serre que ce que nos océans et nos forêts peuvent absorber.
Autrement dit, il faudrait à ce jour 1,7 planète Terre pour subvenir aux besoins de l’humanité.
Tous les terriens n’ont pas le même appétit ! Si tous les hommes vivaient comme les Français il faudrait 3 planètes, pour le modèle américain, il en faudrait 5 !
Chaque année, nous épuisons de plus en plus rapidement ce que la Terre peut nous apporter.
Pour exemple voici quelques dates du jour du dépassement depuis 1970.
29 décembre 1970 – 05 novembre 1980 – 13 octobre 1990 – 25 septembre 2000 – 14 août 2010

Nota : Vous pourrez trouver des dates d’overshoot day différentes que celles mentionnées ici car l’outil d’évaluation
(établis par « Global Footprint Network ») de cet indicateur est sans cesse mis à jour et modifié. Même si ce n’est pas une science exacte, c’est un témoin intéressant de notre surconsommation globale.
Pour en savoir plus: https://www.overshootday.org/newsroom/press-release-french/press-release-french-2/

Pour nous Français, il serait facile de faire baisser du jour au lendemain notre empreinte écologique en stoppant nos gaspillages, à commencer par le gaspillage alimentaire.

Consommez-vous exotique ?

Autrefois inexistants chez nous, puis rares et parfois luxueux, de nombreux produits alimentaires sont entrés dans notre quotidien à tel point qu’ils sont devenus banals et l’aspect « exotique » nous échappe complètement.
Nous consommons chaque jour du thé, du chocolat et du café. Les bananes, les oranges, les pomelos, les ananas et les avocats sont maintenant présents toute l’année sur les étals des grandes surfaces comme sur ceux des marchés et des primeurs.
Avec la généralisation du commerce mondial il y a forcément un endroit sur le globe où c’est la « saison de »…..
A noter aussi que des produits « bien de chez nous » sont devenus exotiques !
C’est le cas des prunes, des pommes, des poires et des haricots, qui peuvent provenir « hors saison » respectivement, d’Afrique du Sud, d’Argentine ou du Chili, du Kenya.
Certaines denrées autrefois « Made in France », sont pour des raisons de profits, devenues en majorité « exotiques ».
C’est principalement le cas pour les cornichons qui sont cultivés en Inde, le concentré de tomate issu en grande partie de fruits produits en Chine, la moutarde de Dijon confectionnée avec des graines venant du Canada.
Pour les roses de la St Valentin, vous pensez sans doute qu’elles ont poussé en France ou en Hollande. Il y a peu de chance, car elles ont certainement été cultivées en Equateur, au Kenya ou en Ethiopie, avant d’arriver à Roissy par avion cargo avec les émissions de gaz à effet de serre associées.
Autre consommation à qui la faune et la flore africaine paye un lourd tribut, c’est l’utilisation de bois tropicaux. Il faut en prendre conscience lorsque l’on achète du mobilier de jardin en bois ou une planche de contreplaqué.

Pour conclure cette liste non exhaustive des produits exotiques, je citerais l’huile de palme.
Consommée traditionnellement en Afrique, Asie et Amérique du Sud, elle est aujourd’hui présente partout, dans les pâtisseries, les pâtes à tartiner, les confiseries, les plats préparés, les margarines et faux beurres, les produits cosmétiques, les médicaments, les carburants, etc.
Il faut parfois décrypter l’étiquette pour détecter sa présence, car elle peut se cacher sous différentes appellations: huile ou graisse de palme, huile ou graisse de palmiste, en général la mention « huile ou graisse végétale» est un indicateur de sa présence. A lire: L’huile de palme se cache partout.
Jusqu’à récemment elle était principalement et massivement produite en Indonésie. Cette culture provoque une très importante déforestation qui détruit (entre autres) l’habitat des Orangs Outangs. Maintenant, la production se développe de manière inquiétante en Afrique (Nigéria, Côte d’Ivoire, Cameroun, République démocratique du Congo, Ghana, etc.). Les zones climatiques favorables à sa culture sont aussi le territoire des grands singes (gorilles, chimpanzés) mais aussi des éléphants de forêts ainsi que de nombreuses espèces d’antilopes, sans parler d’une très grande biodiversité végétale.
A lire: L’huile de palme menace aussi les primates d’Afrique.
A lire aussi: Tout savoir ou presque sur l’huile de palme.

Savez vous que cette huile de palme est présente dans le gazole sous forme de « biodiesel » à hauteur de 7 % ?
Cette utilisation représente 50 % de la production mondiale d’huile de palme. Une raffinerie du groupe Total vient même d’ouvrir dans le Sud de la France, elle devrait produire 500.000 tonnes/an de carburant à partir d’huile de palme. L’Indonésie fait aussi du chantage pour nous imposer son huile de palme (pas d’huile de palme achetée = pas d’avions Rafales vendus par la France !!!)
Heureusement, en 2021 l’utilisation d’huile de palme devrait être interdite dans les carburants, mais d’ici là beaucoup de mal sera fait. A lire: Total jette de l’huile de palme sur le feu.

Le bilan carbone et l’impact environnemental des produits exotiques sont souvent très lourds.
– Déforestation entrainant une grande perte de biodiversité (perte de l’habitat de nombreux primates).
– Utilisation de pesticides, herbicides et engrais chimiques (les normes ne sont pas les mêmes que dans l’Union Européenne).
– Consommation d’eau (culture des roses) au détriment de la faune et des populations locales.
– Emission de gaz à effet de serre par les transports aériens et maritimes, sans parler des « particules fines ».
Ne devrait-on pas redonner à bon nombre de produits exotiques la place qu’ils n’auraient jamais du quitter et les consommer avec modération, voire pour certains (huile de palme) stopper leur consommation ?

Etes-vous « Bio-Locavore » ?

Quelles sont les vertus du « Bio » et du « consommé local » ?
Elles sont logiquement évidentes à priori mais ces appellations peuvent cacher des pièges.

Les bienfaits du Bio (pour l’agriculture et l’élevage biologique) sont simples. Pas d’OGM, pas d’agents chimiques (herbicides, insecticides, fongicides, engrais) seuls des agents plus ou moins naturels sont autorisés par les cahiers des charges.
Lien vers site d’Ecocert (organisme de contrôle et de certification).
Donc, manger bio, c’est en principe préserver notre santé et celle de la planète !
C’est vrai pour les produits de base (fruits, légumes, viande, etc) non transformés et locaux. Mais pour les produits « préparés » cela se complique, car ils peuvent (légalement) contenir un faible pourcentage (jusqu’à 5%) de produits non bio et on a alors souvent à faire à de la production industrielle.
Avec l’intérêt qu’il suscite, le bio devient malheureusement une appellation marketing et l’esprit de la démarche est souvent bafoué.
Ainsi, le bio ne perd-il pas son sens lorsque que dans les supermarchés on trouve au mois de juillet des pommes « Bio » venant d’Argentine ou du Chili, vendues par 4 dans une barquette en polystyrène et filmée avec du plastique ?
Le « Bio » ne perd-il pas également son sens lorsqu’il est « récupéré » par l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution ? On tombe alors dans les travers des grandes monocultures et des élevages intensifs !

Pour consommer du « Bio » plus éthique, ne doit-il pas être associé à une production locale ?

La première vertu du « local » est de limiter les pollutions et la consommation d’énergies fossiles occasionnées par le transport.
La seconde est de mieux rémunérer les personnes qui font le travail (cas de la vente directe ou avec 1 intermédiaire) et non des actionnaires, spéculateurs et autres fonds de pensions.
Pour le « consommer local », le choix est évident pour les fruits et légumes, la viande et les produits laitiers car nous disposons tous (ou presque) de ces denrées dans un rayon de quelques kilomètres autour de nos lieux de vie ou de travail.
En revanche, la notion de local devient plus complexe lorsqu’il s’agit de produits exotiques (agrumes, thé, café, chocolat).
Pour affiner cette démarche de consommation responsable, il est donc nécessaire d’associer au « Bio » et au « local » une troisième notion qui est la « saisonnalité » !
Si je prend les exemples des oranges et des kiwi fruits, pour les premiers, je choisi personnellement des orange bio d’Espagne (lieu de production le plus proche) pendant la saison qui va environ de novembre à mai. Pour les Kiwi, je consomme des fruits français et pas ceux de Nouvelle Zélande.

Pour conclure, citons le cas de la tomate. La meilleure et la plus responsable, est celle cultivée en mode Bio, en pleine terre et plein air (voire sous tunnel). Rappelons que la tomate est un fruit d’été et qu’elle ne devrait être disponible en France que de juillet à octobre. En dehors de ces périodes, les tomates viennent de productions sous serre, de productions « hors sol », d’Espagne ou de plus loin. La production sous serres chauffées occasionne un impact environnemental fort (« énergie grise » pour la construction des serres vitrées et énergie pour le chauffage et l’éclairage). La production hors sol est normalement interdite pour le « Bio ».
Pour en savoir plus sur: le calendrier de la tomate.

Etes-vous Ecolo-Geek ?

Si vous êtes un « accro » des mails, du cloud, des réseaux sociaux, des jeux en ligne, ceci vous concerne.
Savez-vous que ce monde virtuel a des conséquences bien réelles sur la santé de notre terre ?
Toute notre consommation électronique et informatique impacte très concrètement notre planète et ses habitants.
Tous nos mails, documents, photos, vidéos et musiques sont stockés sur des serveurs hébergés dans des data center un peu partout sur la planète.
Pour que vous puissiez avoir accès à ces données à tout moment, ces machines fonctionnent 24h sur 24.
Même si ces services sont (en apparence) gratuits pour vous, il ne le sont pas pour la nature car ces machines consomment énormément d’électricité pour fonctionner et aussi pour les refroidir (actuellement 7% de consommation mondiale d’électricité).
A lire pour en savoir plus: Google, Facebook, Twitter… qui sont les mauvais élève en matière d’énergie ? 
et aussi: Internet bientôt premier consommateur mondial d’électricité.
et encore: Internet: le plus gros pollueur de la planète.

Pour fabriquer tout ces matériels; ordinateurs, tablettes, smartphones, cartes mémoires, disques durs, batteries, câbles et transformateurs, les besoins en matières premières sont également très importants (Or, cuivre, aluminium, lithium, tantale). Ce dernier est extrait du fameux Coltan qui est un minerai mixte de Colombite et Tantalite.
La république Démocratique du Congo détient environ 60% des ressources mondiales en Coltan et les extractions minières empiètent sur les territoires des grands singes (gorilles, chimpanzés, bonobos).
A lire pour en savoir plus: Le coltan, pour le meilleur et pour le pire.

Quelques gestes simples peuvent limiter cet impact:
– Publiez avec modération vos photos et vidéos sur les réseaux sociaux (Que deviennent les photos que vous avez posté sur Facebook, Instagram, etc. ? Leur usage est souvent éphémère mais leur stockage ne l’est pas).
– Faites régulièrement du ménage dans votre messagerie (personnelle comme professionnelle) les mails stockés et surtout les pièces jointes « consomment » de la mémoire dans les serveurs.
– Stockez en ligne (Google Drive et autres supports) les photos qui le méritent vraiment, ne déchargez pas l’intégralité de vos cartes mémoires sur vos serveurs favoris.
– Lorsque vous publiez des albums en ligne, limitez le nombre de photos, ne présentez que les meilleures (mettez-vous à la place de celui qui les regarde !!!).
– Achetez du matériel durable et n’en changez pas tous les quatre matins.
– Eteignez vos appareils électroniques et votre WiFi la nuit.
– Mettez en « favoris » les sites que vous fréquentez souvent. Cela évite les recherches qui consomment de l’énergie.

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En 1965, Jean Dorst alertait déjà sur le fait que :

 » Le problème le plus urgent que pose de nos jours la conservation
de la nature 
est la protection de notre espèce contre elle même « 

Jean DORST : 1924-2001, zoologue, ornithologue et écologue. Directeur du Museum National d’Histoire Naturelle de 1975 à 1985. Auteur de nombreux ouvrages dont « Avant que Nature meure » paru en 1965 et traduit en 17 langues.

Remerciements

L’Association Mammiferesafricains.org tient à remercier chaleureusement Mr Grégory MAILLARD des « Jardins d’Olivier », pour avoir bien voulu accepter, enrichir et héberger le projet d’exposition dans son local de vente de l’Avenue d’Orléans à Beaugency – 45190.

Novembre 2018: Dominique Mignard pour mammifèresafricains.org