Chimpanzé

Pan troglodytes

Chimpanzee

Ordre des Primates, Famille des Hominidés, Genre Pan

Hauteur debout : Environ 1 mètre (jusqu’à 1,7 m).
Hauteur : 75 à 90 cm pour le mâle et 65 à 80 cm pour la femelle.
Poids : Environ 40 à 60 Kg pour le mâle et 35 à 45 Kg pour la femelle.
Données variables en fonction des sous espèces.
Gestation : Environ 8 mois.
Nombre de petits par portée : 1 (rarement 2).
Longévité : 40 à 50 ans à l’état sauvage, jusqu’à 60 ans en captivité.
Lien vers Fiche IUCN.

Chimpanzé (mâle Alpha) – Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Mahale – Tanzanie

1. Description, sous espèces et variantes géographiques

1.1. Description

Les chimpanzés, appelés chimpanzés communs par opposition aux bonobos qui sont appelés chimpanzés graciles ou chimpanzés pygmées font partie des « grands singes » (Great Ape en anglais).
Les chimpanzés et les bonobos ne sont reconnus comme espèces distinctes que depuis 1928.
Ce sont des primates robustes avec des bras longs et musclés. En proportion, les jambes sont courtes mais les mains sont longues.
Les femelles sont plus petites que les mâles.
Le sommet de la tête est arrondi, le cou est court, les narines sont petites avec un nez aplati, les yeux sont enfoncés avec des arcades très marquées et rapprochées.
Les oreilles à grand pavillon sont arrondies et saillantes.
Les canines du chimpanzé sont bien développées, la lèvre supérieure est longue et très mobile.
Chez les jeunes, la face, les oreilles ainsi que les pieds et les mains sont rose et deviennent brunes à noires à l’âge adulte.
Leur corps est recouvert de poils noirs plus ou moins épais sauf sur la face et une partie de l’abdomen, le pelage des sujets âgés a tendance à devenir gris et moins dense.
Les individus âgés peuvent être chauves.
Les chimpanzés sont dépourvus de queue mais les jeunes arborent une touffe de poils blancs de quelques centimètres (environ 6 cm) au niveau de la croupe.

Chimpanzés d’Afrique de l’Est – Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Mahale – Tanzanie

1.2. Sous espèces et variantes géographiques

4 sous espèces sont communément admises.

Pan troglodytes schweinfurthi, chimpanzé d’Afrique de l’Est ou d’Afrique Orientale.
Pan troglodytes troglodytes, chimpanzé d’Afrique Centrale.
Pan troglodytes verus, chimpanzé d’Afrique de l’Ouest ou d’Afrique Occidentale.
Pan troglodytes ellioti, (anciennement P.t. vellerosus) chimpanzé du Nigeria-Cameroun.

Chimpanzés d’Afrique de l’Ouest – Pan troglodytes verus – Vallée des singes – Romagne

2. Comportement

Les chimpanzés sont des primates territoriaux (territoires de 10 à 50 Km2 environ), sociaux et diurnes.
Ces grands singes sont aussi bien à l’aise au sol que dans les arbres.
Ils vivent en groupe suivant le principe de fission-fusion, ce qui signifie que les chimpanzés se séparent en sous groupes pour partir en quête de nourriture et se regroupent ensuite, notamment pour dormir. Ces groupes sont très mobiles dans la journée.
L’ensemble du groupe au complet est très rarement réuni en même temps au même endroit.
La taille de ces groupes est très variables puisqu’ils peuvent aller d’une quinzaine d’individus à plus de 100 avec une moyenne de 30 à 40.
En Ouganda, dans le parc national de Kibale, dans le secteur de Ngogo, on a observé la plus grande colonie de chimpanzés connue avec un groupe initial de 142 individus qui à évolué à plus de 170.
Ces groupes au régime patriarcal sont multi mâles et multi femelles.
Le plus souvent, les mâles restent dans leur communauté d’origine alors que les femelles lorsqu’elles sont arrivées à maturité sexuelle peuvent migrer vers des communautés voisines.

Jeune chimpanzé – Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Mahale – Tanzanie

2.1. Fonctionnement des groupes

Les mâles dominants, dits mâles Alpha arrivent au pouvoir souvent grâce à leur puissance, mais aussi par l’intelligence des relations et alliances qu’ils ont tissées avec d’autres mâles adultes et des femelles influentes. La durée du règne de ces chefs de clan est très variable, de quelques mois à quelques années. Ils sont à leur apogée vers l’âge de 20-25 ans.
Le fait d’avoir un rang élevé dans la hiérarchie donne des privilèges voire des exclusivités pour l’accès aux femelles et à la nourriture.
Les tensions au sein des groupes est quasi permanente, surtout lorsque la nourriture est rare. Ces tensions génèrent des comportement agressifs qui se traduisent par des manœuvres d’intimidation. Les chimpanzés se mettent alors debout, le poil hérissé et poussent des cris, cassent des branches, frappent la base d’arbres. Elles peuvent également donner lieu à des affrontements violents.
La hiérarchie est souvent remise en cause et la position des mâles subalternes évolue au sein du groupe au fil des alliances établies et des services rendus (épouillage, partage de nourriture).
L’épouillage ou grooming a pour fonction d’éliminer des parasites, mais aussi et presque surtout pour tisser un lien social et hiérarchique, établir des amitiés et des alliances. C’est donc un geste qualifié de politique. Ce toilettage est pratiqué avec les doigts et les lèvres, pour éliminer les parasites, les pellicules, les peaux mortes, etc. C’est aussi un vecteur de soumission, de récompense, d’apaisement.

Séance de grooming collectif – Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Mahale – Tanzanie

Epouillage à deux Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Mahale – Tanzanie

Les mâles adultes patrouillent aux frontières de leur territoire pour signaler leur présence et vérifier l’absence d’intrus.
Les chimpanzés sont capables de livrer des raids en territoires rivaux. Ceux-ci peuvent donner lieu à des lynchages avec mise à mort. Il peut arriver qu’une petite communauté soit exterminée par une plus grosse. Des cas d’infanticides ont déjà été observés.

2.1. Armes et outils

Longtemps ignoré, le fait que les chimpanzés soient capables de confectionner et d’utiliser des outils a été mis en évidence pour la première fois dans les années 1960 par Jane Goodall dans le parc de Gombe en Tanzanie.
Cet usage constitue une forme de «culture» qui est transmise de génération en génération.
Des groupes isolés les uns des autres n’ont pas la même «culture», ces apprentissages se font par expérience et par observation.
Les chimpanzés façonnent des outils à partir de branches et de brindilles, (coupe, effeuillage, taille et mise à la bonne longueur) ils les utilisent ensuite pour capturer des larves ou des termites dans des creux d’arbres.
Au Congo, des chimpanzés ont été observés collectant des termites à l’aide de 2 outils «pré» fabriqués (2 tiges en bois, 1grosse et une fine). Ils sont donc capables d’anticipation.
Les chimpanzés utilisent également des pierres pour casser des noix. Cette pratique a été constatée en Côte d’Ivoire dans la forêt de Taï où les chimpanzés cassent des noix de palmiers à huile en utilisant une pierre ou un gros morceau de bois avec lequel ils frappent les noix calées sur une «enclume» constituée par un rocher ou un tronc d’arbre.
Ils utilisent des feuilles mâchées en guise d’éponge pour récupérer de l’eau dans des creux d’arbres et des feuilles pour s’essuyer.
Ils se servent également de morceaux de bois et de pierres en guise d’armes.

2.2. Technique de chasse

Les chimpanzés chassent des petits mammifères tels que des céphalophes, des galagos mais surtout des colobes (colobes bais – Piliocolobus tephrosceles, voir photo de droite).
En principe, pratiquées par les mâles, les chasses sont collectives et plus ou moins organisées. Des rabatteurs effrayent et poussent les proies, principalement des colobes, vers d’autres mâles qui tentent de les attraper dans les arbres ou au sol lorsqu’ils tombent.
En Ouganda, dans le secteur de Ngogo du parc national de Kibale, beaucoup de mâles sont des chasseurs. Une observation réalisée en 2002 y fait état de 13 colobes tués en une seule chasse. Ces chassent peuvent être localement responsables d’une baisse significative des populations de colobes.
A l’issue de ces chasses collectives, la viande est consommée par les chasseurs, mais est aussi partagée avec d’autres mâles ou des femelles influentes pour tisser des liens et des alliances.
A Fongoli au Sénégal, des chimpanzés ont été observés chassant individuellement des galagos réfugiés dans des arbres creux en les délogeant avec un bâton utilisé en guise de lance.

2.3. Communication

Pour communiquer les chimpanzés utilisent de nombreuses mimiques, gestes, postures et attitudes, (enlacements, étreintes, embrassades, gestes des mains, des bras, mouvement des lèvres) ainsi que la communication vocale avec plus d’une trentaine de cris, gémissements, grognements différents et des vocalises pouvant être très puissantes.
Ces vocalises traduisent émotion, excitation, peur, salutation.
Ils font aussi usage des troncs d’arbres qu’ils frappent violemment avec les pieds ou un bâton.

2.4. Divers

Les chimpanzés sont actifs environ 10 à 12 heures par jour avec en général 2 pics d’activités, un en début de matinée et l’autre en fin d’après midi.

Nid de chimpanzé – Parc national de Mahale – Tanzanie

Chaque soir, ils construisent des nids pour y passer la nuit. Pour cela, Ils cassent, plient et tressent grossièrement des branches à la cime d’arbres de taille moyenne. Ils garnissent l’ouvrage avec des branches cueillies et des feuilles. Ils créent ainsi un hamac végétal à usage unique.
Ils font aussi la sieste, souvent à même le sol mais peuvent aussi se confectionner un nid pour l’occasion.

Chimpanzé faisant la sieste au sol Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Mahale – Tanzanie

Les chimpanzés ne savent pas nager. Leur morphologie, leur forte masse musculaire et leur faible masse graisseuse ne le leur permet pas. Ils peuvent cependant s’immerger jusqu’à la taille pour traverser des petites rivières ou attraper de la nourriture.
A Fongoli au Sénégal, les chimpanzés (pan troglodytes verus) prennent des bains et en saison sèche, ils cherchent la fraîcheur en s’abritant dans des grottes.
Ces grands singes sont doués d’une grande intelligence. En plus de leur système social très élaboré et l’usage d’armes et d’outils, ils sont capables d’émotion.
Ils sont joueurs et sensibles aux chatouilles.
Ils se reconnaissent dans un miroir et savent s’en servir pour voir des parties de leur corps inaccessibles autrement.

3. Reproduction

Chez le chimpanzé, la maturité sexuelle est atteinte vers 10 ans et la femelle peut procréer tout au long de sa vie avec une première portée vers l’âge de 11 à 12 ans. Elle peut ensuite donner 1 petit tous les 4 à 6 ans environ, soit 5 à 6 petits au cours de sa vie.
Avec un cycle menstruel moyen de 36 jours, les femelles signalent l’approche de leur ovulation par des tumescences rouges et volumineuses au niveau de la région ano-génitale. Celles-ci restent gonflées environ une semaine, période pendant laquelle la femelle est fécondable. C’est en principe pendant cette période qu’a lieu l’accouplement.

Femelle chimpanzé Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Kibale – Ouganda

Une femelle peut s’accoupler avec plusieurs mâles.
La reproduction n’est pas saisonnière.
Après une gestation d’environ 230 / 240 jours (environ 8 mois), la femelle donne naissance à un petit. Les cas de jumeaux existent mais sont rares et la mortalité infantile est assez fréquente.
Le nouveau né pèse environ 1,5 à 2 Kg.
Le jeune chimpanzé est dépendant de sa mère jusqu’à l’âge de 5 ans.
Il est nourri exclusivement par le lait maternel jusqu’à l’âge de 5 ou 6 mois environ.

Agrippé au ventre de sa mère dans un premier temps (3 à 6 mois), le petit utilisera ensuite le dos de celle-ci comme refuge et moyen de transport. Il reste souvent accroché à elle pendant environ 2 ans.
Les chimpanzés sont sevrés vers l’âge de 3 à 4 ans.
Ils auront le statut de juvéniles jusqu’à un âge d’environ 10 à 13 ans, ils deviennent ensuite adultes.
C’est à l’adolescence que les femelles peuvent quitter leur communauté d’origine.
Les chimpanzés grandissent jusqu’à environ 20 ans, il sont alors dans la force de l’âge pour 4 ou 5 ans. Puis en vieillissant ils perdent de la masse musculaire.

4. Biologie et anatomie

Les chimpanzés font comme nous partie de la famille des hominidés.
Du fait d’avoir eu un ancêtre commun il y a 4 à 8 millions d’années, nous partageons avec eux près de 98 % d’ADN.
Leur cerveau est assez volumineux en proportion de l’ensemble du corps. Leur capacité crânienne est de l’ordre de 320 à 480 ml, contre 1300 ml chez l’homme.
Les chimpanzés possèdent une bonne vision binoculaire.

Crânes de chimpanzés: (de gauche à droite) juvénile – juvénile – adolescent – adulte – (Photos Dominique Mignard – Collections du Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris – Galerie d’anatomie comparée).

Leurs pouces sont opposables, tout comme leurs gros orteils. Ceci leur permet de saisir aussi bien avec les mains qu’avec les pieds, notamment pour les déplacements dans les arbres (Les doigts long forment un crochet lors des déplacements arboricoles).
Les bras sont plus longs que les jambes, les doigts sont longs et les pouces courts.
Les chimpanzés ont une force 5 à 8 fois supérieure à celle d’un homme. Cela est dû à leur forte masse musculaire, leur morphologie et la structure de leurs muscles aux fibres allongées.
Pour se déplacer au sol, ils s’appuient sur les jointures des phalanges repliées des mains.

 

Ils sont aussi capables de se déplacer pour de courts moment en position de bipédie, debout sur leurs membres postérieurs (pour impressionner ou agresser un congénère, pour jouer, observer ou lorsqu’ils portent une grosse branche ou une pierre).
Ils sont capables de se déplacer à une vitesse de 40 Km heure.
En proportion de leur corps, les chimpanzés ont les plus gros testicules parmi les primates. Leur pénis est long et fin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ci-dessus à gauche: Chimpanzé en érection – Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Kibale – Ouganda
Ci-dessus à droite: Chimpanzé en « bipédie » – Pan troglodytes verus – Vallée des singes – Romagne.

5. Régime alimentaire

Chimpanzé – Pan troglodytes schweinfurthi – Parc national de Kibale – Ouganda

Le régime alimentaire des chimpanzés est principalement frugivore (50 à 65% suivant les saisons et les régions), mais il comprend aussi les feuilles, écorces, graines, fleurs, etc.
Ils se nourrissent principalement dans les arbres.
Les espèces de végétaux consommés sont très nombreuses (de 200 à 300 dont près de 20 différentes chaque jour).
Termites, fourmis, larves, insectes divers, œufs, petits vertébrés et miel sauvage font également partie de son régime alimentaire.
Ils consomment occasionnellement de la viande qu’ils obtiennent soit au hasard de leurs déplacements, soit au cours de chasses collectives organisées: jeunes antilopes, colobes, oiseaux, galagos, damans, etc. (à Gombe la consommation de 35 types de vertébrés à été observée).
La principale proie chassée est le colobe bai (piliocolobus tephrosceles), le plus souvent des immatures. Mais ils chassent aussi d’autres primates comme les cercopithèques, les babouins ou encore les mangabeys.
A Mahale en Tanzanie, chaque année les chimpanzés tuent environ 1 à 4 % de la population de colobe bais, ce qui est compensé par le renouvellement naturel de cette espèce.
A Gombe, toujours en Tanzanie, ces chiffres sont plus importants, le colobe bai y constitue environ 80 % des proies consommées.
La consommation de viande dans la plupart des région a lieu principalement en saison sèche lorsque les fruits sont plus rares.
Des cas de cannibalisme sur les jeunes ont été observés.
La quête de nourriture se fait par petits groupes de rarement plus de 6 individus.

Les chimpanzés s’alimentent principalement au petit matin et le soir.
Leur consommation de fruits et leurs déplacements font qu’ils ont un rôle de disperseur de graines au profit du renouvellement de la forêt.
Les chimpanzés sont capables de s’administrer des traitements curatifs, par exemple pour éliminer des parasites intestinaux. Pour cela ils savent choisir les plantes adaptées à leur problème, écorce, feuilles, etc. parfois associées à de l’argile. Les scientifiques ont remarqué que les plantes utilisées par les chimpanzés le sont aussi par les populations humaines environnantes dans le cadre des médecines traditionnelles.
Il a également été observé des consommations de végétaux à titre préventif.
Ils consomment plus de 30 espèces de plantes possédant des propriétés médicinales.

Ci-contre, excréments de chimpanzé.

6. Prédateurs

Principalement l’homme (voir paragraphe 9) et le léopard, mais aussi les chimpanzés entre eux.

7. Habitat, distribution et évolution des populations

7.1. Habitat

Le chimpanzé vit en Afrique de l’Ouest, en Afrique Centrale et en Afrique de l’Est.
Pour la première de ces régions, les populations sont fragmentées. Pour les deux autres, les populations sont plus ou moins continues.
Ses milieux de vie sont principalement les forêts tropicales humides, les forêts pluvieuses, les forêts claires et les forêts galeries. Mais on le trouve également en savane arborée, comme c’est le cas au Sénégal.
On peut le rencontrer entre 0 et 3500 mètres d’altitude.

7.2. Distribution

Son aire d’origine s’étalait autrefois sur 25 pays. Il n’est aujourd’hui présent que dans 21.
Le chimpanzé d’Afrique de l’Ouest, P.t.Verus est présent en Guinée, Sénégal, Côte d’Ivoire, Sierra Leone, Liberia, Guinée-Bissau, sud ouest du Ghana, au sud du Mali. Il a déjà disparu du Togo, de la Gambie, sans doute du Bénin et est au bord de l’extinction au BurkinaFaso.
Le chimpanzé d’Afrique de l’Est, P.t. Schweinfurthi est présent au nord et à l’est de la RDC, au sud ouest de la Centrafrique, en Ouganda, en Tanzanie, au Rwanda, au Burundi et au sud du Sud Soudan.
Le chimpanzé d’Afrique Centrale, P.t. troglodytes est présent au sud du Cameroun, en Guinée équatoriale, au Gabon, en République du Congo, au sud ouest de la Centrafrique, vers la côte ouest de la RDC et dans l’enclave de Cabinda (Angola).
Le chimpanzé du Nigéria-Cameroun,. P.t Ellioti est présent dans l’ouest du Cameroun et au sud du Nigéria.

7.3. Evolution des populations

Estimée à environ 2 millions d’individus au début du 20ème siècle, la population globale était estimée en 2017 à 470.000 (source IUCN, Jane Goodal Institut).
En 2017, l’estimation des populations par sous espèces était la suivante.
Chimpanzé d’Afrique de l’Ouest, 65.000 individus. (On estime que cette population a chuté de 80 % entre 1990 et 2014).
Chimpanzés d’Afrique Centrale, 140.000 individus.
Chimpanzés d’Afrique de l’Est, 256.000 individus.
Chimpanzés du Nigéria-Cameroun, 3.500 à 9.000 individus, ce qui en fait la sous espèce la plus menacée.
Entre 1986 et 2006, le statut IUCN du chimpanzé est passé de « Vulnérable » à « En Danger ».

7.4. Les causes de la disparition des chimpanzés

Les chimpanzés sont menacés par la perte de l’habitat (destruction des forêts pour cultures de subsistance, grandes plantations de type palmiers à huile, exploitations forestières de bois exotiques, prospections et extractions minières). Cette perte d’habitat se traduit en plus de la réduction des territoires par un morcellement de ceux-ci provoquant un isolement des populations qui interdit tout échange avec des groupes voisins (interdisant les échanges génétiques).
Une autre cause importante est la chasse pour la viande de brousse, principalement en Afrique de l’Ouest et Centrale. Cette chasse qui autrefois était uniquement une chasse de subsistance est aujourd’hui devenue un véritable commerce qui est facilité par les ouvertures de pistes au coeur des grandes forêts (accès à des exploitations forestières, des plantations, etc).
Les braconniers accèdent ainsi plus loin, plus profond dans les forêts et les accès en véhicule permettent de transporter plus facilement et rapidement les prises.
Les chimpanzés adultes sont tués pour la viande et les jeunes sont capturés pour devenir animaux de compagnie. Chez ces jeunes animaux, le taux de mortalité est très élevé de part le stress généré par la capture et la perte de leur mère ainsi que les conditions de transport et de captivité. Ainsi, le trafic d’animaux de compagnie et celui de la viande de brousse sont étroitement liés.
Les chimpanzés peuvent aussi faire l’objet de chasses de représailles après des incursions et des dégâts dans les cultures.
L’expansion démographique en Afrique est un accélérateur de ces phénomènes.
De nombreuses maladies touchent les chimpanzés; Ebola, pneumonie, rhume, tuberculose, maladie respiratoire, diarrhées aiguës.
La proximité avec l’homme du fait de la pression démographique augmente le risque de transmission de maladies (polio, Ebolla, maladie respiratoires, etc.).
Plus marginalement et malgré leur grande agilité, il arrive que des chimpanzés fassent des chutes mortelles depuis les grands arbres.
Des dommages collatéraux affectent les populations de chimpanzés lorsqu’ils se trouvent pris dans des pièges non sélectifs (collets ou pièges à mâchoires) posés pour d’autres espèces (petites antilopes principalement) provoquant des blessures invalidantes ou parfois mortelles (mutilation de doigts, de main) voire des infections sévères.
Dans certaines forêts, les chimpanzés sont victimes de malformations liées à l’usage de pesticides qui polluent les végétaux et les cours d’eau. Ces produits sont utilisés notamment dans les plantations de thé. Problème notamment mis en évidence par les travaux de Sabrina Krief à Sebitoli en Ouganda.

8. Réserves où l’animal a été observé par l’auteur

Tanzanie : Parc national de Mahale.
Ouganda : Parc national de Kibale.

9. Interactions avec l’homme

9.1. Tourisme

Dans plusieurs parcs nationaux de quelques pays africains, des groupes de chimpanzés ont été habitués à la présence humaine afin de permettre à des touristes d’observer ces fantastiques primates. Cette pratique est très encadrée. Il faut environ 4 à 5 ans pour habituer un groupe de chimpanzés à se laisser approcher et observer. En règle générale, le temps d’observation est limité à une heure et il est interdit de s’approcher trop près des animaux (mais ce sont souvent eux qui le font). Il est également interdit de leur donner de la nourriture.
Cette activité a pour vertu de largement participer à la protection des populations de chimpanzés et indirectement à toute la faune et flore des parcs concernés, par la création d’emplois (guide, porteurs, rangers, etc) et des retombées économiques des activités d’hébergement, de commerce et d’artisanat.

9.2. Sanctuaires

Il existe en Afrique de nombreux sanctuaires de chimpanzés. Ces établissements ont pour vocation de proposer des conditions de vie décentes à des animaux recueillis ou saisis par les autorités (orphelins victimes de la chasse, confiscation d’animaux de compagnie, saisies douanières, etc.).
Les tout jeunes animaux ne survivent que grâce aux soins attentifs de mères de substitution (humaines) qui les nourrissent et leur apportent l’affection nécessaire. Certains animaux sont ultérieurement relâchés sur des îles sanctuaires où ils peuvent vivre librement tout en étant alimentés (totalement ou partiellement) de la main de l’homme. Les réels retours vers la vie sauvage sont exceptionnels car les territoires disponibles sont de plus en plus rares et certains animaux sont traumatisés à vie ou trop imprégnés par l’homme.
Liens vers les sites internet de quelques sanctuaires: P_WAC, HELP-Congo, Centre de Conservation pour Chimpanzés, Chimp Eden, Pan African Sanctuary Alliance.

9.3. Dressage, cirques et zoos

Depuis plusieurs siècles les chimpanzés comme beaucoup d’autres animaux sont exploités dans des cirques ou des spectacles.
Aujourd’hui encore, de nombreux cirques utilisent ces animaux dans des numéros où les chimpanzés, affublés de vêtements humains font des tours de piste en vélo ou en trottinette. Heureusement, ces pratiques deviennent de plus en plus rares sous la pression de l’opinion publique et des arrêtés municipaux qui interdisent les cirques utilisant des « animaux sauvages ».
Les chimpanzés sont aussi très présents dans les zoos du monde entier. Leurs conditions d’hébergement ne sont pas toutes du même niveau mais en Europe elles sont souvent acceptables car ces animaux sont très attractifs vis à vis du public.
Citons également le cas des dresseurs (même si certains se trouvent d’autres noms comme éducateurs). Ce sont des établissement qui maintiennent en captivité des animaux sauvages dont des chimpanzés pour certains et qui les « éduquent » en vue de participation à des films de cinéma ou des tournages de publicité (voir en 9.5.).
Fait anecdotique mais notable sur l’évolution du statut des animaux en général et des grands singes en particulier; en 2017 au Brésil, une femelle chimpanzé est libérée de sa cage pour être placée dans un sanctuaire suite à une décision de justice.

9.4. Animal de laboratoire et d’expérimentation

Dans les années 20 débute la capture et l’importation de chimpanzés sauvages à destination de laboratoires aux USA (pharmacie, biologie, médecine, etc).
De nombreux pays dont la France utiliseront également ces primates pour des expérimentations diverses. Les conditions de vie et d’expérimentation sont souvent très critiquables.
Dès 2005, l’Autriche interdit l’expérimentation sur les grands singes.
Le 5 novembre 2008, un projet de loi européenne est soumise au parlement pour l’interdiction d’utilisation (sauf cas de force majeur) de grands singes dans les laboratoires. Dans les faits, les expérimentations sur les grands singes sont abandonnées dans l’UE depuis 1999 environ.
En 2010, la déclaration de Bâle ouvre la voie à la limitation de l‘expérimentation animale.
En 2011, il reste encore aux USA 937 chimpanzés utilisés pour la recherche, dont 450 au service de l’état américain. Les USA et le Gabon sont alors les seuls pays qui conservent des chimpanzés pour cet usage.
En 2014 le laboratoire Merck cesse l’utilisation des chimpanzés pour tester ses produits pharmaceutiques.
En 2015, l’institut de la santé des USA stoppe l’utilisation des chimpanzés dans les laboratoires de la recherche publique.
En 2020, cette pratique devrait prendre complètement fin.
Revers de la médaille, les laboratoires et centres de recherche se débarrassent de leurs chimpanzés devenus inutiles et surtout couteux pour eux.
Au Libéria en 2015, 66 chimpanzés placés à la retraite sur une île depuis 2005 par le New York Blood Center sont abandonnés par celui-ci en n’assurant plus les frais de leur alimentation. Ils étaient exploités depuis 1974.
En 2016, le même Blood Center abandonne 20 chimpanzés sur une île au large de la Côte d’Ivoire, un seul survivra.
D’autres sont accueillis dans des refuges, sanctuaire ou parcs zoologiques comme à la Vallée des Singes où 4 mâles du groupe présent proviennent d’un laboratoire Hollandais.
Les chimpanzés sont toujours utilisés dans des laboratoires mais pour des études et observation dans les domaines de la psychologie et de la cognition.

Vers 1920 le médecin Français d’origine Russe Serge Voronoff pratique la greffe de partie de testicules de chimpanzés sur l’homme.
Skevos Zervos (1875-1966) pratique les premières greffes testiculaires du singe à l’homme.

Un chimpanzé fût le 31 janvier 1961 le premier hominidé à évoluer dans l’espace (pendant un peu plus de 16 mn) dans le cadre du programme américain Mercury. Ce primate âgé de 5 ans à l’époque était originaire du Cameroun. Il finit ses jours à l’âge de 27 ans au zoo de Washington.

9.5. Animal de cinéma

Les utilisations de chimpanzés au cinéma et dans la publicité sont nombreuses. Pour exemple, voici quelques films et publicités où nos cousins primates sont « acteurs » !
1932 – Tarzan avec Cheeta (en réalité une vingtaine de chimpanzés utilisés pour les tournages).
1952 – Chérie, je me sens rajeunir.
1966/1969 – La série Daktari avec Judy.
1986 – Max mon amour.
1992 – Pub Omo.
1998 – Mookie.
2006 – Chocolat où est utilisé le « chimpanzé » de cirque et de cinéma Tiby, en réalité, cet animal est un croisement de bonobo et de chimpanzé !
Malheureusement, les films et spectacles ont une influence sur le regard que les gens portent sur les chimpanzés. Cela induit une image fausse de la vraie nature de ces animaux en ne faisant ressortir que certains aspects anthropomorphiques ou amusants. Ils donnent ainsi l’envie de côtoyer ou de posséder ces animaux.

9.6. Animal de compagnie

La possession de chimpanzé comme animal de compagnie était une pratique assez courante mème en France il y a seulement quelques dizaines d’années.
Cette pratique est encore prospère dans de nombreux pays.
Des personnalités publiques donnent ou ont donné de mauvais exemples (Michael Jackson possédait un chimpanzé).
Il est malheureusement possible de trouver en fouillant sur internet des videos plus ou moins débiles d’exhibitions de chimpanzés. Celles-ci, vues des milliers ou des millions de fois sont des incitations à posséder ces animaux et indirectement entretiennent le trafic de chimpanzés.
Lien vers un article à propos du trafic de bébés chimpanzés: The secret trade in baby chimps.

10. Informations complémentaires

10.1. Origine du nom

Le mot chimpanzé est issu de «kivili-chimpenze» grand singe en langue tshiluba (parlée en République Démocratique du Congo).
Le nom, sous la forme quimpezé est introduite dans le français en 1638 par Guy de La Brosse (médecin de Louis XIII, fondateur du jardin du roi qui deviendra le Muséum National d’Histoire Naturelle).
Le Littré fait état de plusieurs formes du nom; chimpansé, chimpanzé ou chipanzée.
Au XVIII ème siècle, le chimpanzé fût momentanément appelé le jocko (Buffon).

10.2. Les chimpanzés à travers l’histoire

La première mention connue revient à l’explorateur portugais Duarte Pachero Pereira qui en 1506 décrit dans son journal un chimpanzé observé dans l’actuel Angola (Esmeraldo De Situ Orbis). Observation à vérifier !
Le premier chimpanzé connu pour être arrivé dans une ménagerie en Europe (Hollande) est un animal offert à Frédéric Henri de Nassau, prince d’Orange vers 1641.
Ce fut le début des captures et importations de ce primate pour alimenter les ménageries et les cirques.
Vers 1740, Buffon possédait un chimpanzé, vraisemblablement originaire d’Angola. Celui-ci mourut quelques mois après son arrivée et il fut naturalisé. Cette dépouille est conservée au Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris.
A l’époque, pour Buffon, les singes étaient classés dans les quadrumanes et les singes de l’ancien continent étaient réduits à 17 espèces. Pendant une période, le célèbre naturaliste rangea les chimpanzés et les gorilles dans la catégorie des Orang-outans. Le chimpanzé était désigné sous le nom de jocko.

Ci contre, une gravure extraite du Buffon des familles (Dubois, A. vers1870 Le Buffon des familles, extrait des œuvres de Buffon et Lacépède, Garnier Frères).

10.3. Iconographie

Représentation du chimpanzé sur des timbres poste de quelques pays africains.

11. Bibliographie

– Petter, J-J. et Desbordes, F. 2010. Primates, Nathan. (Ouvrage collectif).
– Krieff, S. et J-M. 2014. Les chimpanzés des monts de la lune, Belin/Muséum national d’Histoire naturelle.
– Butinsky, T.M. De Jong, Y.A. et Nash, S. 2009. Primates of Mahale Moutains National Park, Tanzanie.
– Emery Thompson, M. et Wrangham, R.W. 2013 Mammals of Africa, Volume II Primates , Bloomsbury.
– Despard Estes, R. 2012. The behavior guide to African Mammals, University of California Press.
– Breuil, M. Mayeur, J.P. Thile, F. 1998. Kenya Tanzanie, Le guide du safari faune et parc, Marcus.
Dunbar, R. et Barett, L. 2001 Planète singes, nos cousins les primates, Bordas.
– Stuart, C. et M. 2016. Guide photo des grands mammifères d’Afrique, Delachaux et Niestlé.
– Dubois, A. vers1870 Le Buffon des familles, extrait des œuvres de Buffon et Lacépède, Garnier Frères.

12. Liens

Liens vers sites d’ONG diverses:
Sabrina et J.M. Krief – Sebitoli Chimpanzee Project
Jane Goodall Institute
Jane Goodall Institute France
Kibale Chimpanzee Project
Wild chimpanzee foundation
The Ngogo Chimpanzee Project

Articles d’information:
New evidence on the tool-assisted hunting exhibited by chimpanzees (Pan troglodytes verus) in asavannah habitat at Fongoli, Sénégal.
Quand la pollution aux pesticides déforme le visage des chimpanzés.
Des chimpanzés défigurés en Ouganda, les pesticides suspectés.
Au Sénégal des chimpanzés chassent à l’aide de lances.
Les chimpanzés sauvages peuvent avoir une espérance de vie impressionnante.
L’anthrax menace les populations de chimpanzés.
Le rhinovirus C humain peut causer des épidémies mortelles chez les chimpanzés.
Research into chimp health benefits human, ecosystem well-being too.
Widespread tool-using chimp culture discovered in Democratic Republic of Congo.
Western Chimpanzee numbers declined by more than 80 percent over the past quarter century.
How Satellite Data Changed Chimpanzee Conservation Efforts.
Study finds that mothers determine chimps’ lifelong grooming behavior.
No safe forest left: 250 captive orphan chimps stuck in sanctuaries.
Chimps help farmers ‘plant’ cacao in Guinea.
Chimps pass on sponge drinking trick like a family tradition.
Chimpanzees hunting for honey are cleverer than we thought.
Pourquoi les chimpanzés raffolent-ils du cerveau des bébés singes ?

Articles scientifiques:
Surveillance sanitaire et observations de l’alimentation de chimpanzés en Ouganda.
Acquisition of a complex extractive technique by the immature chimpanzees of Loango National Park, Gabon.
Wild chimpanzees’ use of single and combined vocal and gestural signals.
Chimpanzee deaths in Uganda pinned on human cold virus.
Les grands singes et le FSC: Mise en œuvre de pratiques d’exploitation favorables aux grands singes dans les concessions forestières en Afrique centrale.
Gorilles de Grauer et Chimpanzés de l’Est de la République Démocratique du Congo.
Chimpanzés d’Afrique de l’Ouest.
Plan d’action régional pour la conservation des gorilles de plaine de l’Ouest et des chimpanzés d’Afrique centrale 2015–2025.
Plan d’action régional pour la conservation du chimpanzé du Nigeria-Cameroun (Pan troglodytes ellioti).